{"id":923,"date":"2019-12-11T11:27:44","date_gmt":"2019-12-11T18:27:44","guid":{"rendered":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/?p=923"},"modified":"2019-12-11T11:27:44","modified_gmt":"2019-12-11T18:27:44","slug":"victor-hugo-le-discours-sur-la-misere","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/?p=923","title":{"rendered":"Victor Hugo, le &#8220;discours sur la mis\u00e8re&#8221;"},"content":{"rendered":"\n<p>A lire : Victor Hugo dans ce climat de r\u00e9volte populaire et sociale en France. Victor Hugo \u00e9tait aussi un homme politique : le 25 f\u00e9vrier 1848, il est nomm\u00e9 maire du 8e arrondissement de Paris puis il est \u00e9lu le 4 juin d\u00e9put\u00e9 de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique et si\u00e8ge parmi les conservateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Victor Hugo &#8220;discours sur la mis\u00e8re&#8221; \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale le 9 juillet 1849.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8220;Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu\u2019on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu\u2019on peut d\u00e9truire la mis\u00e8re. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis d\u00e9truire. La mis\u00e8re est une maladie du corps social comme la l\u00e8pre \u00e9tait une maladie du corps humain ; la mis\u00e8re peut dispara\u00eetre comme la l\u00e8pre a disparu. D\u00e9truire la mis\u00e8re ! Oui, cela est possible ! Les l\u00e9gislateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille mati\u00e8re, tant que le possible n\u2019est pas le fait, le devoir n\u2019est pas rempli.<\/p>\n\n\n\n<p>La mis\u00e8re, Messieurs, j\u2019aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir o\u00f9 elle en est, la mis\u00e8re ? Voulez-vous savoir jusqu\u2019o\u00f9 elle peut aller, jusqu\u2019o\u00f9 elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-\u00e2ge, je dis en France, je dis \u00e0 Paris, et au temps o\u00f9 nous vivons ? Voulez-vous des faits ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mon Dieu, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais n\u00e9cessaires \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler ; et tenez, s\u2019il faut dire toute ma pens\u00e9e, je voudrais qu\u2019il sort\u00eet de cette assembl\u00e9e, et au besoin j\u2019en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enqu\u00eate sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais que tous les faits \u00e9clatassent au grand jour. Comment veut-on gu\u00e9rir le mal si l\u2019on ne sonde pas les plaies ?<\/p>\n\n\n\n<p>Voici donc ces faits :<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l\u2019\u00e9meute soulevait nagu\u00e8re si ais\u00e9ment, il y a des rues, des maisons, des cloaques, o\u00f9 des familles, des familles enti\u00e8res, vivent p\u00eale-m\u00eale, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n\u2019ayant pour lits, n\u2019ayant pour couvertures, j\u2019ai presque dit pour v\u00eatements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramass\u00e9s dans la fange du coin des bornes, esp\u00e8ce de fumier des villes, o\u00f9 des cr\u00e9atures humaines s\u2019enfouissent toutes vivantes pour \u00e9chapper au froid de l\u2019hiver. Voil\u00e0 un fait. En voici d\u2019autres : Ces jours derniers, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la mis\u00e8re n\u2019\u00e9pargne pas plus les professions lib\u00e9rales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim \u00e0 la lettre, et l\u2019on a constat\u00e9 apr\u00e8s sa mort qu\u2019il n\u2019avait pas mang\u00e9 depuis six jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois pass\u00e9, pendant la recrudescence du chol\u00e9ra, on a trouv\u00e9 une m\u00e8re et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les d\u00e9bris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, messieurs, je dis que ce sont l\u00e0 des choses qui ne doivent pas \u00eatre ; je dis que la soci\u00e9t\u00e9 doit d\u00e9penser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volont\u00e9, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilis\u00e9, engagent la conscience de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re ; que je m\u2019en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l\u2019homme, que ce sont des crimes envers Dieu !<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi je suis p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, voil\u00e0 pourquoi je voudrais p\u00e9n\u00e9trer tous ceux qui m\u2019\u00e9coutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n\u2019est qu\u2019un premier pas, mais il est d\u00e9cisif. Je voudrais que cette assembl\u00e9e, majorit\u00e9 et minorit\u00e9, n\u2019importe, je ne connais pas, moi de majorit\u00e9 et de minorit\u00e9 en de telles questions ; je voudrais que cette assembl\u00e9e n\u2019e\u00fbt qu\u2019une seule \u00e2me pour marcher \u00e0 ce grand but, \u00e0 ce but magnifique, \u00e0 ce but sublime, l\u2019abolition de la mis\u00e8re!<\/p>\n\n\n\n<p>Et, messieurs, je ne m\u2019adresse pas seulement \u00e0 votre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, je m\u2019adresse \u00e0 ce qu\u2019il y a de plus s\u00e9rieux dans le sentiment politique d\u2019une assembl\u00e9e de l\u00e9gislateurs ! Et \u00e0 ce sujet, un dernier mot : je terminerai l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Messieurs, comme je vous le disais tout \u00e0 l\u2019heure, vous venez avec le concours de la garde nationale, de l\u2019arm\u00e9e et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l\u2019Etat \u00e9branl\u00e9 encore une fois. Vous n\u2019avez recul\u00e9 devant aucun p\u00e9ril, vous n\u2019avez h\u00e9sit\u00e9 devant aucun devoir. Vous avez sauv\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re, le gouvernement l\u00e9gal, les institutions, la paix publique, la civilisation m\u00eame. Vous avez fait une chose consid\u00e9rable\u2026 Eh bien ! Vous n\u2019avez rien fait !<\/p>\n\n\n\n<p>Vous n\u2019avez rien fait, j\u2019insiste sur ce point, tant que l\u2019ordre mat\u00e9riel raffermi n\u2019a point pour base l\u2019ordre moral consolid\u00e9 ! Vous n\u2019avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n\u2019avez rien fait tant qu\u2019il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui d\u00e9sesp\u00e8re ! Vous n\u2019avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l\u2019\u00e2ge et qui travaillent peuvent \u00eatre sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaill\u00e9 peuvent \u00eatre sans asile ! tant que l\u2019usure d\u00e9vore nos campagnes, tant qu\u2019on meurt de faim dans nos villes tant qu\u2019il n\u2019y a pas des lois fraternelles, des lois \u00e9vang\u00e9liques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honn\u00eates, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de c\u0153ur ! Vous n\u2019avez rien fait, tant que l\u2019esprit de r\u00e9volution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n\u2019avez rien fait, rien fait, tant que dans cette \u0153uvre de destruction et de t\u00e9n\u00e8bres, qui se continue souterrainement, l\u2019homme m\u00e9chant a pour collaborateur fatal l\u2019homme malheureux !&#8221;<\/p>\n\n\n\n<p>Victor Hugo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A lire : Victor Hugo dans ce climat de r\u00e9volte populaire et sociale en France. Victor Hugo \u00e9tait aussi un homme politique : le 25 f\u00e9vrier 1848, il est nomm\u00e9 maire du 8e arrondissement de Paris puis il est \u00e9lu &hellip; <a href=\"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/?p=923\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/923"}],"collection":[{"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=923"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/923\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":924,"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/923\/revisions\/924"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/jeanpierremolle.info\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}