Lettre d’Umberto Eco à son petit-fils

Mon petit-fils chéri,

Je ne voudrais pas que cette lettre de Noël résonne de manière trop moralisatrice et te donne à entendre des conseils sur nos semblables, la patrie, les mondes et d’autres choses de ce genre. Tu ne l’entendrais pas et quand l’heure viendra de la mettre en pratique (toi, adulte, et moi, trépassé) le système des valeurs aura tellement changé que mes recommandations t’apparaîtront probablement datées.

Ainsi voudrais-je m’attarder sur une seule recommandation que tu seras à même de mettre en pratique même maintenant, au moment même où tu navigues sur ton iPad; je ne commettrais pas l’erreur de te le déconseiller, non parce que j’aurais l’air d’un grand-père radoteur, mais parce que je le fais moi aussi. Tout au plus puis-je te conseiller, si jamais tu tombes sur les centaines de sites pornos qui montrent les rapports sexuels entre deux êtres humains, ou entre un être humain et un animal, dans des milliers de positions, essaie de ne pas croire que le sexe se réduit à ce qui t’en est montré de manière assez monotone, parce qu’il s’agit d’une mise en scène pour te contraindre à ne pas sortir de chez toi et regarder de vraies filles.
Je pars du principe que tu es hétérosexuel, sinon tu adapteras mes recommandations à ton cas précis. Mais regarde les filles, à l’école ou là où tu vas jouer, parce que les vraies filles sont mieux que celles qu’on voit à la télévision, et, un jour, elle te donneront bien plus de satisfaction que celles que tu trouves online. Crois en celui qui a plus d’expérience que toi (et si j’avais regardé le sexe uniquement à travers l’ordinateur, ton père ne serait jamais né, et toi, on ne sait même pas où tu serais, voire tu ne serais même pas là).

Toutefois ce n’est pas de ceci dont je voudrais te parler mais plutôt d’une maladie qui a frappé ta génération et même celle de jeunes gens un peu plus âgés que toi, ceux qui vont peut-être déjà à l’université : la perte de la mémoire.

Il est vrai que si l’on a le désir de savoir qui est Charlemagne ou encore où se trouve Kuala Lumpur, tu n’as qu’à taper sur une touche et Internet te le révèle aussitôt. Fais-le quand cela est utile mais après l’avoir fait, essaie de te rappeler ce que tu as lu pour ne pas être obligé de le chercher une deuxième fois si jamais tu en ressentais un besoin irrésistible, peut-être pour une recherche à l’école. Mais sache que le risque est le suivant : puisque tu crois que ton ordinateur pourra te le dire à n’importe quel moment, tu pourrais perdre le goût de le mémoriser. Ce serait un peu comme si, ayant appris que pour aller de telle rue à une autre, il y a l’autobus ou le métro qui te permettront de te déplacer sans aucune fatigue (ce qui est très commode, et fais-le à chaque fois que tu es pressé), tu penses que tu n’as ainsi plus besoin de marcher. Mais si tu ne marches pas suffisamment, tu deviens une personne à mobilité réduite, comme on appelle aujourd’hui celui qui est obligé à se déplacer avec une chaise roulante. D’accord, je sais que tu fais du sport et que donc tu sais bouger ton corps, mais revenons à ton cerveau.

La mémoire est un muscle comme ceux des jambes, et si tu ne l’exerces pas, il s’atrophie et tu deviens (d’un point de vue mental) handicapé, c’est-à-dire (soyons clair), un idiot. Et, en plus, étant donné que nous risquons tous d’avoir un Alzheimer quand on devient vieux, l’un des moyens pour éviter cet incident déplaisant, c’est d’exercer sans cesse notre mémoire.

Dès lors, voici mon régime. Apprends tous les matins quelques vers, un bref poème ou, comme on m’a appris à mon époque, « La Cavallina storna » ou « Il Sabato del villaggio ». Et peut-être fais une compétition avec tes amis pour voir qui s’en souvient le plus. Si tu n’aimes pas la poésie, fais-le avec les formations de joueurs de football, mais fais attention à ne pas juste connaître qui sont les joueurs de l’équipe de la Roma d’aujourd’hui mais aussi ceux d’autres équipes y compris ceux des équipes d’autrefois (figure-toi que je me souviens de la formation de l’équipe de Turin quand leur avion s’était écrasé à Superga avec tous les joueurs : Bacigalupo, Ballarin, Maroso etc.). Fais des compétitions de mémoire, peut-être à propos de livres que tu as lus (qui était à bord de la Hispaniola à la recherche de l’île au Trésor ? Lord Trelawney, le Capitaine Smollet, le Docteur Livesey, Long John Silver, Jim…). Essaie de savoir si tes amis se souviennent qui étaient les domestiques des Trois Mousquetaires et de D’Artagnan (Grimaud, Bazin, Mousqueton et Planchet)… Et si tu ne voudras pas lire Les Trois Mousquetaires (et tu ne sauras pas ce que tu perdras), fais-le, je ne sais pas, avec d’autres histoires que tu as lues.

On dirait un jeu (et c’en est un) mais tu verras à quel point ta tête pourra se peupler de personnages, histoires, souvenirs en tous genres. Tu te seras demandé pourquoi les ordinateurs s’appelaient autrefois « cerveaux électroniques ». C’est parce qu’ils ont été conçus sur le modèle de ton (de notre) cerveau mais notre cerveau possède plus de connexions que notre ordinateur, c’est une sorte d’ordinateur que tu portes en toi et qui grandit et devient de plus en plus fort avec l’exercice, tandis que l’ordinateur que tu as sur ta table, plus tu l’utilises plus il perd en rapidité et au bout de quelques années tu dois le changer. En revanche ton cerveau peut actuellement durer jusqu’à quatre-vingt-dix ans et à quatre-vingt-dix ans (si tu l’as entretenu dans un exercice continu) il se souviendra de beaucoup plus de choses que celles dont tu te souviens aujourd’hui. Et ceci, gratuitement.

Il y a aussi la mémoire historique, celle qui ne concerne pas les faits de ta vie ou les choses que tu as lues, mais ce qui est arrivé avant que tu ne viennes au monde.

Aujourd’hui si tu vas au cinéma, tu dois entrer à une heure fixe quand le film commence et dès qu’il commence, quelqu’un te prend pour ainsi dire par la main et te dit ce qui se passe. De mon temps, on pouvait entrer au cinéma à n’importe quel moment, je veux dire même à la moitié du spectacle, on arrivait au moment où les choses étaient en train de se dérouler, et on essayait de comprendre ce qui s’était passé avant (puis quand le film recommençait depuis le début, on pouvait constater si on avait tout compris — mis à part que, si le film nous avait plu, on pouvait rester le regarder à nouveau). Voilà la vie est comme le cinéma permanent, un film de mon temps. Nous entrons dans la vie quand beaucoup de choses sont déjà arrivées, depuis des centaines de milliers d’années, et c’est important d’apprendre ce qui s’est passé avant notre naissance, cela sert à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Actuellement l’école (au-delà des trois lectures personnelles) devrait t’apprendre à mémoriser ce qui est arrivé avant ta naissance mais visiblement elle ne le fait pas bien parce que beaucoup de sondages montrent que les jeunes d’aujourd’hui, même ceux qui vont à l’université, s’ils sont nés par hasard en 1990, ils ne savent pas (ou peut-être ne veulent pas savoir) ce qui s’était passé en 1980 (et ne parlons pas de ce qui s’est passé il y a cinquante ans). Les sondages nous disent que si on demande à certains qui était Aldo Moro, ils répondent qu’il était le chef des Brigades Rouges — en réalité il a été tué par les Brigades Rouges.

Ne parlons pas des Brigades Rouges. Elles demeurent quelque chose de mystérieux pour beaucoup de monde, et pourtant, elles représentaient le présent d’il y a une trentaine d’années. Je suis né en 1932, dix ans après la prise de pouvoir du fascisme, mais je savais même qui était le premier ministre au moment de la Marche sur Rome (qu’est-ce que c’est ?). Peut-être l’école fasciste me l’avait-elle appris pour m’expliquer à quel point le ministre que les fascistes avaient remplacé était stupide et mauvais (l’inapte à la guerre nommé Facta). D’accord, mais au moins je le savais. Et puis, si l’on met l’école à part, un garçon d’aujourd’hui ne sait pas qui étaient les actrices de cinéma d’il y a vingt ans. Tandis que moi, je savais qui était Francesca Bertini qui jouait dans les films muets vingt ans avant ma naissance, probablement parce que je feuilletais de vieilles revues empilées dans le débarras chez nous. Mais justement, je t’invite à regarder de vieilles revues car c’est un moyen pour apprendre ce qui se passait avant ta naissance.

Mais pourquoi est-il nécessaire de savoir ce qui est arrivé avant ? Parce que très souvent ce qui est arrivé avant t’explique pourquoi certaines choses arrivent aujourd’hui et comme pour les joueurs, c’est un moyen pour enrichir notre mémoire.

Fais bien attention, tu ne pourras pas faire tout ceci uniquement avec des livres et des revues. On peut le faire très bien aussi sur Internet. Qui est à utiliser non seulement pour chatter avec tes amis mais aussi pour chatter (pour ainsi dire) avec l’histoire du monde. Qui étaient les Hittites ? Et les Camisards ? Comment s’appelaient les trois caravelles de Christophe Colomb ? Quand les dinosaures ont-ils disparu ? L’Arche de Noé pouvait-elle avoir un gouvernail ? Comment s’appelait l’ancêtre du bœuf ? Y avait-il plus de tigres il y a cent ans qu’aujourd’hui ? Qu’était l’Empire du Mali ? Et qui en revanche parlait de l’Empire du Mal ? Qui a été le deuxième Pape de l’Histoire ? Quand Mickey a-t-il paru ?

Je pourrais continuer à l’infini et tout serait une belle aventure de recherche. Et tout marquerait la mémoire.

Viendra le jour où tu seras un vieil homme et tu auras le sentiment d’avoir vécu mille vies car ce sera comme si tu avais été présent à la Bataille de Waterloo, avais assisté à l’assassinat de Jules César, et si tu avais été à une très courte distance du lieu où Berthold le Noir, en mélangeant des substances dans un mortier afin de trouver le moyen pour fabriquer de l’or, avait découvert par hasard la poudre à canon et armes à feu, et il a fini par sauter en l’air (et c’est bien pour lui). Tes amis qui n’auront pas cultivé leur mémoire auront juste vécu une seule vie, la leur, qui doit avoir été assez mélancolique et pauvre de grandes émotions.

Cultive donc ta mémoire, et dès demain, apprends par cœur « La Vispa Teresa ».

Umberto Eco

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David et Goliath

« Chaque fois qu’il fallut choisir entre David et Goliath, j’ai toujours, sans hésiter, choisi le camp du plus faible, de l’opprimé, de celui qui subit l’écrasement.
Plus qu’un pressentiment, la certitude que lutter aux côtés des perdus et des perdants, c’est contrer toute forme de domination.
Mais lorsque les insoumis seront vainqueurs, il sera encore nécessaire, inlassablement, de dénoncer les nouvelles forces et d’affronter leur volonté irrésistible de prendre possession du pouvoir.
Et l’on reconnaît, à coup sûr, les Goliath d’aujourd’hui à leur faculté à institutionnaliser, d’abord, et à instrumentaliser ensuite les formes de pouvoir, démocratiques ou non.
S’indigner ne suffit pas. »

Philippe Somville

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Légende du Mali…

Cette histoire se passe à Bafoulabé.
Il y a très longtemps, un jour, une femme enceinte se rendit au fleuve pour faire la lessive. Toute concentrée à son labeur elle ne vit pas l’hippopotame qui sortit de l’eau et l’interpella en ces termes ” O toi, femme enceinte ! Moi hippopotame
des eaux de ce fleuve, je me lie d’amitié avec l’enfant que tu portes en toi. Quelque soit le sexe de cet enfant, qu’il soit un garçon ou une fille, je fais le serment de me lier d’amitié avec lui”.
La femme retourna à Bafoulabé et donna naissance, quelques temps après, à une fille. Elle porta le nom de Sadio. La fille grandit et devint une jeune fille.
Comme ses semblables, Sadio se rendit un jour au fleuve. Il régnait une grande animation sur les rives du fleuve, quand un hippopotame sortit de l’eau et marcha vers la rive. Ce fut le branle-bas, tout le monde s’enfuyait sauf Sadio qui resta imperturbable.

L’hippopotame vint se coucher tranquillement à côté de Sadio. Après sa lessive, Sadio se rendit en ville, accompagnée de l’hippopotame qui la suivit jusque dans sa famille. Sur leur passage, tous les passants s’enfuyaient. Ces deux êtres
restèrent ainsi en amitié pendant des années. Arriva le moment où la belle Sadio atteint l’âge de se marier. Elle était très belle et très convoitée, mais les prétendants se demandaient comment épouser une fille liée en amitié avec un animal, de surcroît un hippopotame. Faut-il donc tuer l’hippopotame ?
Si vous le tuez, je me suiciderais, répondait Sadio. Sadio et l’hippopotame restèrent ainsi, rien, ni personne ne put les séparer.
Une amitié était née sur les rives du fleuve à Bafoulabé,, une amitié que les griots du Mali chantèrent et chantent encore pour magnifier l’amitié, le respect de la parole donnée.

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Bulletin de santé

« Autrefois, il y a très longtemps, j’étais un autre, et tout le monde m’aimait bien. On me disait: “Vous devriez faire un peu de sport.” Je n’en faisais pas, bien sûr.

Puis on m’a dit: “Vous devriez faire un petit régime. Vous avez le foie gras. Vous n’êtes pourtant pas une oie.” J’ai arrêté la cigarette, et j’ai grossi plus encore.

Puis on m’a dit: “Ce médicament, il ne guérit pas, mais il soigne, il empêche, au moins un temps, que ça empire, vous le prendrez tous les jours, jusqu’à votre dernier jour… Enfin, le dernier, vous pourrez vous en passer, ça ne servira plus alors à grand chose.”

Et puis il y a quelques années, on m’a dit: “On va vous enlever ça, c’est trop moche, ça pourrait bien vous pourrir tout entier de l’intérieur.” Et on me l’a enlevé. Sur la balance, cette modeste soustraction n’a même pas fait bouger l’aiguille. C’est ailleurs, à l’arrière de ma tête, que l’aiguille a bougé.

Depuis, on me surveille, on me contrôle, on me mesure. Les chiffres sont infimes, mais ils varient, infinitésimalement, et ça suffit à rendre complètement folle l’aiguille à l’arrière de ma tête. Je ne marche plus droit du tout. Je fais n’importe quoi. Je souris à des gens que je ne connais pas. Je ne respecte presque plus rien. Je pleure sans larmes la nuit. Et j’écris des choses bizarres.

Demain, on finira par me dire: “Vous abusez. Il faut rentrer dans le rang. On va vous faire des piqûres.” Mais j’aurai la peau si dure qu’ils ne pourront pas les faire, leurs piqûres. Ils y casseront les leurs, d’aiguilles. Et ce sera tant mieux. Je serai enfin moi-même. Mort, ou vivant. »

(Abraham Shmok, “Comment ça allait mal”, traduit du yiddish par Albéric de la Morte-Saison, Paris, Éditions du Désespoir, 15e éd. revue, corrigée, mise à jour, augmentée et hélas abondamment illustrée, 2032, tome 6, p. 693.)
Jean-Christophe Attias.

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Haïssez ?


Haïssez celui qui n’est pas de votre race.
Haïssez celui qui n’a pas votre foi.
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social.
Haïssez, haïssez, vous serez haï.
De la haine, on passera à la croisade,
Vous tuerez ou vous serez tué.
Quoi qu’il en soit,
vous serez les victimes de votre haine.
La loi est ainsi :
Vous ne pouvez être heureux seul.
Si l’autre n’est pas heureux,
vous ne le serez pas non plus,
Si l’autre n’a pas d’avenir,
vous n’en aurez pas non plus,
Si l’autre vit d’amertume,
vous en vivrez aussi,
Si l’autre est sans amour,
vous le serez aussi.
Le monde est nous tous, ou rien.
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité.
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.

Louis Calaferte

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Fais ce que tu aimes…

Un enfant demande à son père :

  • Dis papa, quel est le secret pour être heureux ?

Alors le père demande à son fils de le suivre ; ils sortent de la maison, le père sur leur vieil âne et le fils suivant à pied.
Et les gens du village de dire :

  • Mais quel mauvais père qui oblige ainsi son fils d’aller à pied !
  • Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison, dit le père.

Le lendemain ils sortent de nouveau, le père ayant installé son fils sur l’âne et lui marchant à côté. Les gens du village dirent alors :

  • Quel fils indigne, qui ne respecte pas son vieux père et le laisse aller à pied !
  • Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Le jour suivant ils s’installent tous les deux sur l’âne avant de quitter la maison. Les villageois commentèrent en disant :

  • Ils ne respectent pas leur bête à la surcharger ainsi !
  • Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Le jour suivant, ils partirent en portant eux-mêmes leurs affaires, l’âne trottinant derrière eux. Cette fois les gens du village y trouvèrent encore à redire :

  • Voilà qu’ils portent eux-mêmes leurs bagages maintenant ! C’est le monde à l’envers !
  • Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Arrivés à la maison, le père dit à son fils :

  • Tu me demandais l’autre jour le secret du bonheur. Peu importe ce que tu fais, il y aura toujours quelqu’un pour y trouver à redire.

Fais ce que tu aimes et tu seras heureux !

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Vieillir, c’est chiant (selon Bernard Pivot)

Voici le texte un extrait du livre Les Mots de ma vie:
« J’aurais pu dire :
Vieillir, c’est désolant, c’est insupportable,
C’est douloureux, c’est horrible,
C’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré « chiant »
Parce que c’est un adjectif vigoureux
Qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.
Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien…. Même à soixante.
Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu le regard des jeunes…..
Des hommes et des femmes dans la force de l’âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.
Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.
Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.
Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
« Avec respect », « En hommage respectueux », « Avec mes sentiments très respectueux ».
Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons !
Et du ‘cher Monsieur Pivot’ long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place…
J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!… ?
– « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que ».
– Moi aussitôt : « Vous pensiez que ? »
– « Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. »
– « Parce que j’ai les cheveux blancs ? »
– « Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée. »
– « Je parais beaucoup… beaucoup plus âgé que vous ? »
– « Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge. »
– « Une question de quoi, alors ? »
– « Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois. »
J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir, tant qu’à faire, des heures exquises.
C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.
La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’Adagio du Concerto n° 23 en La majeur de Mozart, soit, du même, l’Andante de son Concerto n° 21 en Ut majeur,
musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge ?… Non, Mozart. »

livre Les Mots de ma vie :Bernard pivot

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Je te pardonne, pas parce que tu mérites le pardon mais parce que je mérite la paix…

“Je pardonne, mais j’apprends aussi une leçon. Je ne te détesterai pas, mais je ne serai jamais si proche de toi, alors tu ne me feras plus de mal. Je ne veux pas que mon pardon me donne un air naïf.
Je ne vous pardonne pas parce que vous méritez le pardon, mais parce que je mérite la paix.

Il y a deux sortes de pardon. Le premier est quand vous pardonnez et vous donnez une seconde chance. L’autre est quand vous pardonnez, mais vous choisissez de continuer sans eux. Eh bien, cette fois, je tourne le dos à la douleur… je passe à autre chose… SEUL!

Je vous pardonne, mais cela ne veut pas dire que j’accepte votre comportement ou que je vous fais confiance. Je te pardonne à cause de moi-même; parce que je veux retrouver ma vie; parce que je dois passer à autre chose.

Le fait que je vous ai pardonné ne signifie pas que j’accepte ce que vous avez fait; cela signifie simplement que j’ai fait la paix avec cela. Je ne le laisserai plus jamais le passé me contrôler. Je le reprends.

J’ai choisi de briser les chaînes qui me pesaient et je tourne le dos au passé. Je choisis de ne pas regarder en arrière car il n’ya rien que je puisse changer à ce sujet.

Je ne vais plus polluer mon cœur d’amertume, de peur, de méfiance ou de colère. Je vous pardonne, car la haine n’est qu’un autre moyen de vous retenir, et vous n’avez plus votre place ici.

Je n’ai jamais su à quel point j’étais fort avant de pardonner à quelqu’un qui n’était pas désolé de ce qu’ils ont fait et d’accepter les excuses que je n’ai jamais eues.

Parfois, vous ne savez pas à quel point vous êtes fort jusqu’à ce que vous soyez le seul choix possible.”

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Les lions et les moutons

Au temps jadis, des moutons paissaient paisiblement dans un pâturage.

Soudain, des lions surgirent de la forêt et se précipitèrent sur le troupeau. Cette prairie se retrouva empourprée du sang des moutons.

Les lions s’installèrent, privant les moutons de liberté. Les moutons souffrirent énormément, étant à la merci des lions. Ils se réunirent pour parler de la situation. L’un d’entre eux, intelligent, sagace et astucieux, fit ces réflexions : “Par la force nous ne pouvons pas échapper aux lions.

Nous ne pouvons pas non plus nous transformer en lions. Mais le rendre insconscient de sa nature, cela est possible !”

Les moutons acceptèrent de relever le défi. Le mouton inspiré se mit à prêcher aux lions assoiffés de sang.

Il s’écria : “Ô, vous qui complotez le mal, pensez à votre bien ! Celui qui est violent et brutal est un tyran. Les êtres justes se nourrissent d’herbe. Le végétarien plaît à Dieu.Vos dents pointues sont une honte pour vous. Le paradis n’est que pour les faibles. Il est mal d’aspirer au bien-être matériel. Les pauvres plaisent davantage à Dieu que les riches. Au lieu de tuer des moutons, tuez votre moi et vous serez récompensés. Si vous n’oubliez pas votre moi, vous devez être fous. Fermez vos yeux, bouchez vos oreilles, fermez vos lèvres, afin que vos pensées puissent atteindre le plus haut du ciel ! Ce pâturage n’est rien. Ne vous bercez pas d’illusions.”

Ainsi parla le mouton rusé. Et ce qui devait arriver arriva. Les lions, épuisés par leur durs efforts, commencèrent lentement à adopter la religion des moutons.

Il s’accoutumèrent à manger de l’herbe. Leurs dents s’émoussèrent peu à peu et le phosphore terrifiant de leurs yeux disparut. Petit à petit, le courage abandonna leurs coeurs. Ils perdirent le pouvoir de gouverner, ils perdirent leur réputation, leur prestige et leur fortune. Leur force corporelle diminua tandis que leur crainte spirituelle augmenta. La peur de la mort et du jugement divin les priva de courage.

La peur produisit beaucoup de maladies jusqu’ici inconnues : la pauvreté, la pusillanimité, l’étroitesse d’esprit. Les moutons avaient réussi à endormir les lions. Les lions appelèrent leur déclin “la culture morale”.

Histoire orientale

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My Soul has a hat… I counted my years & realized that I have Less time to live by, Than I have lived so far. I feel like a child who won a pack of candies: at first he ate them with pleasure But when he realized that there was little left, he began to taste them intensely. I have no time for endless meetings where the statutes, rules, procedures & internal regulations are discussed, knowing that nothing will be done. I no longer have the patience To stand absurd people who, despite their chronological age, have not grown up. My time is too short: I want the essence, my spirit is in a hurry. I do not have much candy In the package anymore. I want to live next to humans, very realistic people who know How to laugh at their mistakes, Who are not inflated by their own triumphs & who take responsibility for their actions. In this way, human dignity is defended and we live in truth and honesty. It is the essentials that make life useful. I want to surround myself with people who know how to touch the hearts of those whom hard strokes of life have learned to grow with sweet touches of the soul. Yes, I’m in a hurry. I’m in a hurry to live with the intensity that only maturity can give. I do not intend to waste any of the remaining desserts. I am sure they will be exquisite, much more than those eaten so far. My goal is to reach the end satisfied and at peace with my loved ones and my conscience. We have two lives & the second begins when you realize you only have one Beautiful poem by Mario de Andrade (San Paolo 1893-1945) Poet, novelist, essayist and musicologist. One of the founders of Brazilian modernism. __________________________

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