A water tap and a word tap…

Our mouths work a bit like water taps. They differ in only what comes out of them - words from the former and water from the latter. A mouth, therefore, can be called a “word tap”.

A water tap is usually turned off. We turn it on only when we need water and turn it off again right after use. We don’t just let water run for no reason, nor do we use more water than is necessary. We should manage our tongues in the same way as we control a tap. We should avoid engaging in endless chatter and use our words economically. If we could express ourselves in three sentences, we should not use thirty.

To save water, electricity, coal, gas, etc. is good for the environment. But the saving of superfluous words is far more beneficial. The overuse of natural resources or other energy such as petrol is not as wasteful as a talkative man’s verbal nonsense. Speaking less is definitely good for both our mental and physical health.

Once you are used to being quiet, you will find that over 90% of what you say is redundant. Most spoken words are just trivial and useless chatting. Often, they are impulsive and could cause turmoil because of their great power. As the saying goes: a piece of stone stirs up a thousand waves. We may even feel strange and agitated upon hearing the chattering of others. We would rather not hear it, and we think, “How nice it would be if we were all accustomed to the sound of silence!” Language, when misused, can impede rather than assist communication, resulting in trouble and alienation. This defeats the original purpose of language.

If water coming out of a tap is murky, polluted, worm-infested, stinky and poisonous enough to cause skin allergy, would people dare to drink it? On the contrary, if water from a tap is clean and clear, sweet to taste, soft and silky to touch, and even has medicinal benefits, people will be happy to use it.

These mouths of ours always utter idle and harmful talk: complaints, grumbles, cursing and bragging; speeches that are arrogant, pretentious or groveling; and words that slander, insult or are nonsensical. The mouth is like a filthy drain constantly discharging wastewater. What would become of our world if most people were unable to turn off their word taps, and just kept talking rubbish all day long? It would be a place engulfed by giant murky waves!

We should guard our “word taps” to make sure that they are tightly shut. We should speak little and only when necessary. More importantly, we should not say hurtful things. If we must speak, we should speak positively and in a loving and kind way. In fact, the finest words are the pure and wondrous Dharma teachings of the Buddha. When we spread such teachings, people will find us as refreshing as sweet spring waters.

— Master Jingzong
(English translation by Fozan, edited by Fojin)

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Vivre c’est risquer…

“Vivre, c’est risquer. Risquer sa vie. Pas dans le sens de risquer de mourir, mais de risquer de vivre avant de mourir. D’expérimenter tout ce qui nous tient à coeur et qui est à notre portée.
Essayer, c’est risquer de se tromper.
Entreprendre, c’est risquer d’échouer.
Acquérir, c’est risquer de perdre.
S’engager, c’est risquer de s’ennuyer.
Tendre la main, c’est risquer de s’impliquer.
Aimer, c’est risquer de souffrir.
Se marier, c’est risquer de divorcer.
Avoir des enfants, c’est risquer d’être dépassé.
S’affirmer, c’est risquer le conflit.
Résister, c’est risquer la rupture.
S’opposer, c’est risquer le rejet..
Pleurer, c’est risquer de paraître sentimental.
Décider, c’est risquer de décevoir.
Espérer, c’est risquer d’être déçu.
Faire confiance, c’est risquer d’être trahi…..

Oser, c’est risquer de rater.
Or vivre, c’est oser, et ne pas oser, c’est déjà perdre.
Oser, c’est prendre le risque d’échouer, mais aussi d’en rire.
Oser, c’est prendre le risque d’essayer et d’apprendre.
Oser, c’est oser choisir de réussir….”.

Extrait du livre de Marie Andersen, “L’art de se gâcher la vie”
Merci à Philippe Somville

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Jean Rostand – Qu’est-ce que la culture ?


La culture ce n’est pas avoir le cerveau farci de dates, de noms ou de chiffres, c’est la qualité du jugement, l’exigence logique, l’appétit de la preuve, la notion de la complexité des choses et de l’arduité des problèmes. C’est l’habitude du doute, le discernement dans la méfiance, la modestie d’opinion, la patience d’ignorer, la certitude qu’on n’a jamais tout le vrai en partage; c’est avoir l’esprit ferme sans l’avoir rigide, c’est être armé contre le flou et aussi contre la fausse précision, c’est refuser tous les fanatismes et jusqu’à ceux qui s’autorisent de la raison ; c’est suspecter les dogmatismes officiels mais sans profit pour les charlatans, c’est révérer le génie mais sans en faire une idole, c’est toujours préférer ce qui est à ce qu’on préférerait qui fût.

(Photo , J.Rostand 1968)

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La peur …

“LA PEUR”

par Khalil Gibran

On dit qu’avant d’entrer dans la mer une rivière tremble de peur.
Elle regarde en arrière le chemin qu’elle a parcouru, depuis les sommets des montagnes, la longue route sinueuse
qui traverse des forêts et des villages
Et devant elle , elle voit un océan si vaste, qu’y pénétrer ne parait rien d’autre que devoir disparaître à jamais.
Mais il n’y a pas d’autre moyen.
La rivière ne peut pas revenir en arrière.
Personne ne peut revenir en arrière.
Revenir en arrière est impossible dans l’existence.
La rivière a besoin de prendre le risque d’entrer dans l’océan
parce que c’est alors seulement que la peur disparaîtra,
parce que c’est là que la rivière saura qu’il ne s’agit pas de disparaître dans l’océan, mais de devenir océan.”

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Les nouvelles armoiries Belges

Les armoiries royales ont été modifiées par l’arrêté Royal du 12/07/2019. Le roi Philippe a estimé qu’il était grand temps de les moderniser. Changement assez marquant pour celles du Roi, la devise nationale y est désormais présente dans les 3 langues.

L’union fait la force est donc écrite en Français, en Néerlandais et en Allemand. La devise n’était écrite qu’en français et ce depuis 1830 et l’indépendance de la Belgique.

Autre élément neuf, le retour du bouclier qui représente l’État allemand de Saxe, d’où provient la famille royale.

Ce bouclier avait été retiré après la première guerre mondiale par Albert I. Aujourd’hui, les relations entre la Belgique et l’Allemagne sont excellentes, le Roi remet donc ce blason, un petit hommage à ses racines. On peut observer ce bouclier au bras du lion d’or, au centre, “chargé sur l’épaule d’un écusson burelé d’or et de sable de dix pièces, au crancelin de sinople”, dit le moniteur. En clair: un bouclier décoré de 10 rayures jaunes et noires.

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LA RECETTE DU BONHEUR ?


Laisse de côté tous les chiffres non indispensables à ta survie. Ceci inclut l’âge, le poids, la taille. Que cela préoccupe seulement le médecin, il est payé pour ça.
Fréquente de préférence des amis joyeux. Les pessimistes ne te conviennent pas.
Continue de t’instruire. Apprends sur les ordinateurs, l’artisanat, le jardinage, etc… Ne laisse pas ton cerveau inoccupé, un mental inutilisé est l’officine du diable. Et le nom du diable est Alzheimer !
Ris le plus souvent possible…. et surtout de toi-même!
Quand viennent les larmes, accepte, souffre et… continue d’avancer.
Accueille chaque jour qui se lève comme une opportunité, et pour cela, ose entreprendre.
Laisse tomber la routine. Préfère les nouvelles routes aux chemins mille fois empruntés !
Efface le gris de ta vie et allume les couleurs que tu possèdes à l’intérieur.
Exprime tes sentiments pour ne jamais rien perdre des beautés qui t’entourent. Que ta joie rejaillisse sur ton entourage et abats les frontières personnelles que le passé t’a imposées. Et rappelle-toi : l’unique personne qui t’accompagne toute la vie, c’est toi-même.
Sois vivant dans tout ce que tu fais !
Entoure-toi de tout ce que tu aimes : famille, animaux, souvenirs,musique, plantes, un hobby… tout ce que tu veux !

Ton foyer est ton refuge. Mais, n’en deviens pas prisonnier.
Ton meilleur capital, c’est ta santé. Profites-en, si elle est bonne ne la détruis pas, si elle ne l’est pas, ne l’abîme pas davantage.
Sors dans la rue, visite une ville ou un pays étranger, mais ne t’attarde pas sur les mauvais souvenirs.
Il y a des êtres qui font d’un soleil une simple tache jaune, mais il y en a aussi qui font d’une simple tache jaune, un véritable soleil.

Attribué à Pablo PICASSO

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Le jour où je vais disparaître…

« Le jour où je vais disparaître, j’aurai été poli avec la vie car je l’aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n’ai jamais considéré comme chose négligeable l’odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés. Le passé c’est bien, mais l’exaltation du présent, c’est une façon de se tenir, un devoir.
Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l’on voudrait avoir, on ne s’émerveille plus de ce que l’on a. On se plaint de ce que l’on voudrait avoir. Drôle de mentalité! Se contenter, ce n’est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l’on a, c’est un savoir vivre. »
Olivier de Kersauson

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Ubuntu

Un anthropologue a proposé un jeu à des enfants d’une tribu d’Afrique australe.

Il a posé un panier plein de fruits sucrés près d’un arbre et a dit aux enfants que le premier arrivé remportait le panier.

Quand il leur a dit de courir, ils se sont tous pris par la main et ont couru ensemble, puis se sont assis ensemble profitant de leurs friandises.

Quand il leur a demandé pourquoi ils avaient tous couru ensemble alors que l’un d’entre eux aurait pu avoir tous les fruits pour lui tout seul, ils ont répondu : ” UBUNTU ! Comment peut-on être heureux si tous les autres sont tristes ? “

“UBUNTU” dans la culture Xhosa signifie : Je suis parce que nous sommes

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La fougère et le bambou

Un jour, je me suis avoué vaincu… j’ai renoncé à mon travail, à mes relations, et à ma vie. Je suis ensuite allé dans la forêt pour parler avec un ancien que l’on disait très sage.

– Pourrais-tu me donner une bonne raison pour ne pas m’avouer vaincu? Lui ai-je demandé.

– Regardes autour de toi, me répondit-il, vois-tu la fougère et le bambou?

– Oui, répondis-je.

– Lorsque j’ai semé les graines de la fougère et du bambou, j’en ai bien pris soin. La fougère grandit rapidement. Son vert brillant recouvrait le sol. Mais rien ne sorti des graines de bambou. Cependant, je n’ai pas renoncé au bambou.

– La deuxième année, la fougère grandit et fut encore plus brillante et abondante, et de nouveau, rien ne poussa des graines de bambou. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

– La troisième année, toujours rien ne sorti des graines de bambou. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

– La quatrième année, de nouveau, rien ne sorti des graines de bambou. Mais je n’ai pas renoncé au bambou.

– Lors de la cinquième année, une petite pousse de bambou sorti de la terre. En comparaison avec la fougère, elle avait l’air très petite et insignifiante.

– La sixième année, le bambou grandit jusqu’à plus de 20 mètres de haut. Il avait passé cinq ans à fortifier ses racines pour le soutenir. Ces racines l’on rendu plus fort et lui ont donné ce dont il avait besoin pour survivre.

– Savais-tu que tout ce temps que tu as passé à lutter, tu étais en fait en train de fortifier tes racines? Dit l’ancien, et il continua…

– Le bambou a une fonction différente de la fougère, cependant, les deux sont nécessaires et font de cette forêt un lieu magnifique.

– Ne regrettes jamais un jour de ta vie. Les bons jours t’apporteront du bonheur. Les mauvais jours t’apporteront de l’expérience. Tous deux sont essentiels à la vie, dit l’ancien, et il continua… Le bonheur nous rend doux. Les tentatives nous maintiennent forts. Les peines nous rendent plus humains. Les chutes nous rendent humbles. Le succès nous rend brillants…

Vous ne devriez renoncer, jamais, en aucun cas!

Ne vous dites pas à quel point le problème est grand, dites au problème à quel point VOUS êtes grand.

Si vous n’obtenez pas ce que vous désirez, ne perdez pas espoir, qui sait, peut-être que vous êtes juste en train de fortifier vos racines.

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Lettre d’Umberto Eco à son petit-fils

Mon petit-fils chéri,

Je ne voudrais pas que cette lettre de Noël résonne de manière trop moralisatrice et te donne à entendre des conseils sur nos semblables, la patrie, les mondes et d’autres choses de ce genre. Tu ne l’entendrais pas et quand l’heure viendra de la mettre en pratique (toi, adulte, et moi, trépassé) le système des valeurs aura tellement changé que mes recommandations t’apparaîtront probablement datées.

Ainsi voudrais-je m’attarder sur une seule recommandation que tu seras à même de mettre en pratique même maintenant, au moment même où tu navigues sur ton iPad; je ne commettrais pas l’erreur de te le déconseiller, non parce que j’aurais l’air d’un grand-père radoteur, mais parce que je le fais moi aussi. Tout au plus puis-je te conseiller, si jamais tu tombes sur les centaines de sites pornos qui montrent les rapports sexuels entre deux êtres humains, ou entre un être humain et un animal, dans des milliers de positions, essaie de ne pas croire que le sexe se réduit à ce qui t’en est montré de manière assez monotone, parce qu’il s’agit d’une mise en scène pour te contraindre à ne pas sortir de chez toi et regarder de vraies filles.
Je pars du principe que tu es hétérosexuel, sinon tu adapteras mes recommandations à ton cas précis. Mais regarde les filles, à l’école ou là où tu vas jouer, parce que les vraies filles sont mieux que celles qu’on voit à la télévision, et, un jour, elle te donneront bien plus de satisfaction que celles que tu trouves online. Crois en celui qui a plus d’expérience que toi (et si j’avais regardé le sexe uniquement à travers l’ordinateur, ton père ne serait jamais né, et toi, on ne sait même pas où tu serais, voire tu ne serais même pas là).

Toutefois ce n’est pas de ceci dont je voudrais te parler mais plutôt d’une maladie qui a frappé ta génération et même celle de jeunes gens un peu plus âgés que toi, ceux qui vont peut-être déjà à l’université : la perte de la mémoire.

Il est vrai que si l’on a le désir de savoir qui est Charlemagne ou encore où se trouve Kuala Lumpur, tu n’as qu’à taper sur une touche et Internet te le révèle aussitôt. Fais-le quand cela est utile mais après l’avoir fait, essaie de te rappeler ce que tu as lu pour ne pas être obligé de le chercher une deuxième fois si jamais tu en ressentais un besoin irrésistible, peut-être pour une recherche à l’école. Mais sache que le risque est le suivant : puisque tu crois que ton ordinateur pourra te le dire à n’importe quel moment, tu pourrais perdre le goût de le mémoriser. Ce serait un peu comme si, ayant appris que pour aller de telle rue à une autre, il y a l’autobus ou le métro qui te permettront de te déplacer sans aucune fatigue (ce qui est très commode, et fais-le à chaque fois que tu es pressé), tu penses que tu n’as ainsi plus besoin de marcher. Mais si tu ne marches pas suffisamment, tu deviens une personne à mobilité réduite, comme on appelle aujourd’hui celui qui est obligé à se déplacer avec une chaise roulante. D’accord, je sais que tu fais du sport et que donc tu sais bouger ton corps, mais revenons à ton cerveau.

La mémoire est un muscle comme ceux des jambes, et si tu ne l’exerces pas, il s’atrophie et tu deviens (d’un point de vue mental) handicapé, c’est-à-dire (soyons clair), un idiot. Et, en plus, étant donné que nous risquons tous d’avoir un Alzheimer quand on devient vieux, l’un des moyens pour éviter cet incident déplaisant, c’est d’exercer sans cesse notre mémoire.

Dès lors, voici mon régime. Apprends tous les matins quelques vers, un bref poème ou, comme on m’a appris à mon époque, « La Cavallina storna » ou « Il Sabato del villaggio ». Et peut-être fais une compétition avec tes amis pour voir qui s’en souvient le plus. Si tu n’aimes pas la poésie, fais-le avec les formations de joueurs de football, mais fais attention à ne pas juste connaître qui sont les joueurs de l’équipe de la Roma d’aujourd’hui mais aussi ceux d’autres équipes y compris ceux des équipes d’autrefois (figure-toi que je me souviens de la formation de l’équipe de Turin quand leur avion s’était écrasé à Superga avec tous les joueurs : Bacigalupo, Ballarin, Maroso etc.). Fais des compétitions de mémoire, peut-être à propos de livres que tu as lus (qui était à bord de la Hispaniola à la recherche de l’île au Trésor ? Lord Trelawney, le Capitaine Smollet, le Docteur Livesey, Long John Silver, Jim…). Essaie de savoir si tes amis se souviennent qui étaient les domestiques des Trois Mousquetaires et de D’Artagnan (Grimaud, Bazin, Mousqueton et Planchet)… Et si tu ne voudras pas lire Les Trois Mousquetaires (et tu ne sauras pas ce que tu perdras), fais-le, je ne sais pas, avec d’autres histoires que tu as lues.

On dirait un jeu (et c’en est un) mais tu verras à quel point ta tête pourra se peupler de personnages, histoires, souvenirs en tous genres. Tu te seras demandé pourquoi les ordinateurs s’appelaient autrefois « cerveaux électroniques ». C’est parce qu’ils ont été conçus sur le modèle de ton (de notre) cerveau mais notre cerveau possède plus de connexions que notre ordinateur, c’est une sorte d’ordinateur que tu portes en toi et qui grandit et devient de plus en plus fort avec l’exercice, tandis que l’ordinateur que tu as sur ta table, plus tu l’utilises plus il perd en rapidité et au bout de quelques années tu dois le changer. En revanche ton cerveau peut actuellement durer jusqu’à quatre-vingt-dix ans et à quatre-vingt-dix ans (si tu l’as entretenu dans un exercice continu) il se souviendra de beaucoup plus de choses que celles dont tu te souviens aujourd’hui. Et ceci, gratuitement.

Il y a aussi la mémoire historique, celle qui ne concerne pas les faits de ta vie ou les choses que tu as lues, mais ce qui est arrivé avant que tu ne viennes au monde.

Aujourd’hui si tu vas au cinéma, tu dois entrer à une heure fixe quand le film commence et dès qu’il commence, quelqu’un te prend pour ainsi dire par la main et te dit ce qui se passe. De mon temps, on pouvait entrer au cinéma à n’importe quel moment, je veux dire même à la moitié du spectacle, on arrivait au moment où les choses étaient en train de se dérouler, et on essayait de comprendre ce qui s’était passé avant (puis quand le film recommençait depuis le début, on pouvait constater si on avait tout compris — mis à part que, si le film nous avait plu, on pouvait rester le regarder à nouveau). Voilà la vie est comme le cinéma permanent, un film de mon temps. Nous entrons dans la vie quand beaucoup de choses sont déjà arrivées, depuis des centaines de milliers d’années, et c’est important d’apprendre ce qui s’est passé avant notre naissance, cela sert à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Actuellement l’école (au-delà des trois lectures personnelles) devrait t’apprendre à mémoriser ce qui est arrivé avant ta naissance mais visiblement elle ne le fait pas bien parce que beaucoup de sondages montrent que les jeunes d’aujourd’hui, même ceux qui vont à l’université, s’ils sont nés par hasard en 1990, ils ne savent pas (ou peut-être ne veulent pas savoir) ce qui s’était passé en 1980 (et ne parlons pas de ce qui s’est passé il y a cinquante ans). Les sondages nous disent que si on demande à certains qui était Aldo Moro, ils répondent qu’il était le chef des Brigades Rouges — en réalité il a été tué par les Brigades Rouges.

Ne parlons pas des Brigades Rouges. Elles demeurent quelque chose de mystérieux pour beaucoup de monde, et pourtant, elles représentaient le présent d’il y a une trentaine d’années. Je suis né en 1932, dix ans après la prise de pouvoir du fascisme, mais je savais même qui était le premier ministre au moment de la Marche sur Rome (qu’est-ce que c’est ?). Peut-être l’école fasciste me l’avait-elle appris pour m’expliquer à quel point le ministre que les fascistes avaient remplacé était stupide et mauvais (l’inapte à la guerre nommé Facta). D’accord, mais au moins je le savais. Et puis, si l’on met l’école à part, un garçon d’aujourd’hui ne sait pas qui étaient les actrices de cinéma d’il y a vingt ans. Tandis que moi, je savais qui était Francesca Bertini qui jouait dans les films muets vingt ans avant ma naissance, probablement parce que je feuilletais de vieilles revues empilées dans le débarras chez nous. Mais justement, je t’invite à regarder de vieilles revues car c’est un moyen pour apprendre ce qui se passait avant ta naissance.

Mais pourquoi est-il nécessaire de savoir ce qui est arrivé avant ? Parce que très souvent ce qui est arrivé avant t’explique pourquoi certaines choses arrivent aujourd’hui et comme pour les joueurs, c’est un moyen pour enrichir notre mémoire.

Fais bien attention, tu ne pourras pas faire tout ceci uniquement avec des livres et des revues. On peut le faire très bien aussi sur Internet. Qui est à utiliser non seulement pour chatter avec tes amis mais aussi pour chatter (pour ainsi dire) avec l’histoire du monde. Qui étaient les Hittites ? Et les Camisards ? Comment s’appelaient les trois caravelles de Christophe Colomb ? Quand les dinosaures ont-ils disparu ? L’Arche de Noé pouvait-elle avoir un gouvernail ? Comment s’appelait l’ancêtre du bœuf ? Y avait-il plus de tigres il y a cent ans qu’aujourd’hui ? Qu’était l’Empire du Mali ? Et qui en revanche parlait de l’Empire du Mal ? Qui a été le deuxième Pape de l’Histoire ? Quand Mickey a-t-il paru ?

Je pourrais continuer à l’infini et tout serait une belle aventure de recherche. Et tout marquerait la mémoire.

Viendra le jour où tu seras un vieil homme et tu auras le sentiment d’avoir vécu mille vies car ce sera comme si tu avais été présent à la Bataille de Waterloo, avais assisté à l’assassinat de Jules César, et si tu avais été à une très courte distance du lieu où Berthold le Noir, en mélangeant des substances dans un mortier afin de trouver le moyen pour fabriquer de l’or, avait découvert par hasard la poudre à canon et armes à feu, et il a fini par sauter en l’air (et c’est bien pour lui). Tes amis qui n’auront pas cultivé leur mémoire auront juste vécu une seule vie, la leur, qui doit avoir été assez mélancolique et pauvre de grandes émotions.

Cultive donc ta mémoire, et dès demain, apprends par cœur « La Vispa Teresa ».

Umberto Eco

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